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Gabrielle Desabers


"J'écris les livres que j'aimerais lire."

 
Jacques Attali
29/11/2017                                       Un matin plus tranquille, premiers chapitres

Prologue

C’est facile de fuir ! Elle ne s’est aperçue de rien. En ce matin d’avril, je n’avais pas le choix. Mais de penser à la panique qu’elle ressentira, quand elle comprendra que je ne vais pas rentrer, m’attriste. J’aurais voulu ne pas lui infliger cette souffrance. J’ai conscience que je suis le centre de son monde. D’ailleurs, quelquefois, l’étendue de son amour me fait peur. Saurais-je, un jour, éprouver des sentiments aussi inconditionnels que ceux qu’elle me porte ?
Je dois cesser de penser à ce que je laisse derrière moi. Dans quelques semaines, elle comprendra l’utilité de mon départ. Mon avenir, mon bonheur et le sien en dépendent.
Mon train file à travers des champs à perte de vue. Nous traversons la Beauce. Quelques villages sont parsemés parmi ces terres agricoles et ces vallées verdoyantes. Les gros bourgs semblent endormis autour de leur clocher. Dans très peu de temps, j’arriverai à Paris et dans une poignée d’heures, je ne pourrai plus revenir en arrière.
Je prépare ce voyage depuis des mois. J’ai consulté un nombre incalculable de sites internet pour entrer en contact et me documenter. Je n’aime pas l’idée de la tromper, mais je me sens quand même assez fier d’avoir réussi à organiser seul cette expédition risquée. J’espère que la police ne me retrouvera pas.
J’ai peur de l’inconnu, mais je ne veux pas mourir. Si, comme je le prévois, ce voyage me redonne vie, je sais qu’elle me pardonnera mes mensonges et ma fuite.
 

1

Brest, 2016.
Dans le hall du commissariat, Valérie n’en peut plus d’attendre.
Hier soir, quand Thomas n’était pas rentré du lycée à l’heure habituelle, elle avait patienté avant de l’appeler. Elle sait qu’à presque 18 ans, elle doit le laisser vivre sa vie. Elle avait tenté de se convaincre qu’il avait traîné chez un ami avant de rejoindre la maison. Il avait certainement oublié de l’en informer. À 22 h, elle avait craqué, mais c’est la voix enregistrée de son fils qu’elle avait entendue. Son portable était éteint, son appel avait basculé directement sur la messagerie. Elle avait senti la panique qu’elle tentait de contenir depuis des heures l’envahir. Où se cachait-il ? Pourquoi ne l’avait-il pas prévenue ? Ce n’était pas son genre. Il savait qu’elle avait peur pour lui et, en règle générale, il la ménageait.
Elle avait consulté le répertoire de son propre téléphone et s’était aperçue qu’elle ne connaissait pas les coordonnées de ses amis. Il lui parlait de Lucas, de Quentin, de Maxime. Elle les croisait quelquefois dans la maison, mais elle n’avait jamais ressenti le besoin de noter leurs numéros de portable ni de rencontrer leurs familles. À 17 ans, on n’organise plus de goûters d’enfants qui obligent à créer des liens avec les parents des camarades de classe.
L’heure tardive ne lui permettait pas non plus de téléphoner au lycée. Avait-il assisté aux cours de ce vendredi ? Elle n’obtiendrait aucune information en provenance de l’établissement scolaire avant lundi.
Il lui restait deux possibilités : essayer de prendre contact avec le père de Thomas et appeler la police. Elle avait tenté de se raisonner. Ces deux actions s’avéraient prématurées. L’idée de devoir parler à Patrick la terrorisait. Il serait ravi de pouvoir l’incriminer. Elle allait attendre d’avoir épuisé toutes les autres solutions avant de se confronter à la méchanceté de son ex-mari. Concernant le recours au commissariat, elle craignait que ses interlocuteurs ne prennent pas au sérieux ses inquiétudes pour quelques heures de retard.
Elle ne supportait plus l’inactivité. Elle était montée dans sa voiture et s’était acharnée à inspecter toutes les rues du centre-ville de Brest. Après avoir visité les quelques bars que les jeunes fréquentaient sans avoir rencontré aucun des amis de son fils, elle s’était résolue à rentrer l’attendre chez elle. La nuit s’était éternisée. Vaincue par le sommeil, elle avait fini par s’endormir sur le canapé du salon vers 5 h du matin. À son réveil, après s’être précipitée dans la chambre de Thomas, elle avait dû se rendre à l’évidence, il n’était pas rentré de la nuit. Pour la énième fois, elle avait tenté de le joindre sur son téléphone. Pour la énième fois, son appel avait basculé immédiatement sur la messagerie.
Après cette nuit d’angoisse, elle ne pouvait plus repousser, elle devait avertir le père de Thomas. Elle était divorcée de cet homme manipulateur et malsain depuis dix ans. Au fur et à mesure que leur enfant grandissait, elle avait évité au maximum les contacts avec Patrick. Ils habitaient la même ville. Thomas avait rapidement appris à aller d’une maison à l’autre par ses propres moyens. Depuis quelques mois, son fils l’avait informée qu’il ne souhaitait plus passer de week-ends chez son père. Elle avait craint la colère de ce dernier, mais Thomas lui avait affirmé qu’il acceptait sa décision. D’après lui, il avait compris qu’à 17 ans, il pouvait choisir de profiter de ses fins de semaine pour s’adonner à des activités sportives et voir ses amis. Valérie n’avait reçu aucune nouvelle de son ex-mari, elle avait conclu que son fils avait réellement su négocier sa liberté. Mais aujourd’hui, elle allait devoir affronter sa morgue et sa bêtise. Le téléphone en main, elle transpirait. Son attente ne s’était prolongée que sur un court laps de temps, un disque lui avait annoncé « ce numéro n’est plus attribué. » Son cœur s’était emballé. Était-il possible que lui aussi se soit volatilisé ? Frénétiquement, elle avait tenté de le joindre sur son portable, le même disque lui avait répondu. Elle tremblait de la tête aux pieds. Elle ne comprenait pas. Thomas lui avait-il menti quand il l’avait informée qu’il n’irait plus chez Patrick ? Était-ce une diversion pour qu’ils puissent préparer leur fuite commune ? Elle n’avait jamais voulu expliquer à son fils les raisons pour lesquelles elle avait été acculée au divorce. Elle ne souhaitait pas dénigrer son père auprès de lui. De plus, elle avait toujours eu l’impression que Thomas n’était pas proche de Patrick. Elle ne pouvait pas se résoudre à imaginer que son ex-mari ait réussi à embrigader son fils. Si c’était le cas, Thomas était en danger.
Avant de se rendre au commissariat, elle était passée devant le pavillon de Patrick. Elle ne savait pas si elle aurait le courage de sonner, mais elle espérait encore se tromper. Une pancarte indiquant « Maison à vendre » lui avait ôté tous ses doutes.
Elle tourne en rond dans le hall du commissariat. Elle n’en peut plus d’attendre. Depuis hier soir, elle a le sentiment de subir les évènements. Le policier de l’accueil l’a invitée à s’asseoir, un de ses collègues va la recevoir. Elle ne peut pas rester en place.
Menue et discrète habituellement, Valérie n’attire pas l’attention immédiatement. Elle ne sait pas s’extraire d’un groupe. Dans une assemblée nombreuse, il faut l’œil averti d’une personne naturellement psychologue pour la repérer. Ce n’est pas son habillement ni sa posture qui la font passer inaperçue, mais sans conteste son manque d’assurance. Mais aujourd’hui, sa peur a balayé son absence de confiance en elle. Quand Laurent Fournier, le commissaire, se dirige vers elle, il est happé par le velours de ses yeux noirs. Il se présente. Le sourire triste et doux de Valérie l’émeut. Malgré la douleur qu’elle semble porter, elle affiche un charme indéniable. De son côté, Valérie n’est pas en état de s’intéresser à ce bel homme et au velouté de ses yeux verts. Elle constate uniquement qu’elle est contrainte de lever la tête parce qu’il la domine de presque trente centimètres. Elle perçoit sans l’apprécier la voix chaude de Laurent :
— Je vous écoute.
L’agitation et les explications confuses de Valérie obligent le commissaire à lui demander des précisions à plusieurs reprises. Au terme de cet exposé embrouillé, Laurent conclut :
— À ce stade, pensez-vous que votre ex-mari a kidnappé votre fils ou que Thomas est parti de son plein gré avec son père ?
— Je n’en sais rien, je ne comprends pas.
— Vous avez parlé d’embrigadement, à quoi faites-vous allusion ?
— Depuis de nombreuses années, Patrick est un activiste convaincu des thèses néonazies. Avant notre divorce, il a adhéré à un parti politique d’extrême droite par l’intermédiaire des groupuscules qu’il fréquentait. J’ai très peu de contacts avec lui, je ne sais pas à quel niveau d’implication il se situe actuellement. Il est arrivé que, plus jeune, Thomas me demande des explications sur des idées très douteuses que Patrick lui avait énoncées. J’ai toujours tenté de détourner Thomas de cette influence nocive, mais il est compliqué d’alerter un enfant sur les opinions subversives de son père sans le critiquer trop ouvertement.
— Connaissez-vous, la ou les raisons qui ont poussé M. Abiven à adhérer aux thèses néonazies ?
— C’est difficile à expliquer. Je pense qu’il était déjà engagé dans des groupes extrémistes avant que je le rencontre. Je ne m’en suis rendu compte que plusieurs années après. Ses parents se sont connus en Allemagne pendant la guerre. Son père, prisonnier français, travaillait dans la ferme des parents de sa mère. Il est le fils unique de ce couple franco-allemand. Ils se sont mariés en 1946 et sont venus habiter en France. Patrick est arrivé tardivement, il est né en 1959, son père avait 41 ans et Frida, 39 ans.
— De quoi vivaient-ils ?
— Ils tenaient une exploitation agricole à Landerneau. Quand Patrick avait 14 ans, son père est mort écrasé par son tracteur. À l’adolescence, je pense que sa mère a probablement été dépassée. Elle n’a pas su le cadrer. La vie de Patrick s’est délitée. Il avait soif de reconnaissance et d’affection. Il a eu besoin de s’affirmer et de se mesurer aux autres. Emmêlé dans sa double nationalité, il a été confronté à une perte de repères. Les difficultés rencontrées dans notre couple m’ont amenée à analyser son comportement et sa personnalité, je crois qu’il a dû trouver dans les groupuscules néonazis un accueil chaleureux. Il se cherchait, il s’est senti compris. La xénophobie et la violence l’ont aidé à se construire une identité pour ne pas dire une virilité.
— Que stipule votre jugement de divorce concernant la garde de votre fils et l’autorité parentale ?
— Sur le dernier procès-verbal, il est indiqué que Thomas réside chez Patrick un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires. Nous nous partageons l’autorité parentale.
— Nous sommes un samedi, s’agit-il d’une journée que votre fils doit passer chez son père ou chez vous ?
— Je ne sais pas. En fait, Thomas m’a informée, il y a quelques semaines, qu’il avait réussi à convaincre Patrick de ne plus se rendre chez lui un week-end sur deux. D’après Thomas, il avait bien compris qu’un jeune de son âge pouvait souhaiter passer ses fins de semaine avec ses amis. Mon ex-mari ne m’a pas contactée, j’ai donc considéré que mon fils avait réellement réussi à négocier avec lui. Aujourd’hui, je ne sais plus quoi penser. Comment allez-vous procéder ?
— Si vous voulez bien, je vais commencer par vous accompagner à votre domicile pour visiter la chambre de Thomas. Je peux peut-être y découvrir des indices qui ne vous ont pas interpellée. Ensuite, je prendrai contact avec l’agence immobilière mentionnée sur la maison de M. Abiven. Le négociateur pourra me dire la date à laquelle elle a été mise en vente. De plus, il possède obligatoirement les coordonnées de votre ex-mari.
 

2

Allemagne, 1933.
En cette fin d’automne, un vent glacial tourbillonne dans la cour de la ferme. À 5 h, le froid piquant agresse Frida. À tout juste 13 ans, ces réveils matinaux représentent un vrai supplice. Elle comprend la nécessité d’aider ses parents à la traite des vaches, mais elle traîne lourdement ses sabots pour se diriger vers l’étable. Bien qu’elle soit encore ensommeillée, elle a conscience que si elle veut pouvoir continuer à s’instruire, elle doit participer au travail agricole avant de prendre, dans quelques heures, le chemin de l’école.
Pour rien au monde, elle ne souhaite mener la même vie que sa mère. Elle aspire à une existence loin de la terre et à un quotidien exaltant. Elle veut quitter ce village perdu de Poméranie et s’inscrire à une formation pour devenir puéricultrice. Elle aime les bébés. Pour accéder à ce rêve, elle a obtenu de haute lutte l’autorisation de continuer à suivre cet enseignement. Sans l’aide de son institutrice pour appuyer sa demande auprès de ses parents, elle aurait certainement été obligée de se consacrer totalement et définitivement aux travaux agricoles. Elle souhaite que ce sursis lui ouvre les portes d’une existence meilleure plus en accord avec ses aspirations.
En dehors de ses pas qui résonnent sur les quelques mètres qui séparent la maison de l’étable, la blondeur de ses cheveux permet également de la deviner dans la profondeur de la nuit. Elle n’apprécie pas de devoir quitter son lit à une heure aussi matinale, mais elle goûte le plaisir de cette obscurité qui l’enveloppe. Elle n’a peur ni de toute cette noirceur ni de l’avenir. Malgré son jeune âge, son caractère déterminé la pousse à appréhender la vie avec dynamisme. Les derniers évènements nationaux alimentent ses élans.
En effet, au-delà de son enseignante, l’avènement d’Hitler au pouvoir au début de cette année lui a également permis d’espérer de nouveaux horizons. Après la Grande Guerre, la crise financière de 1929 a mis à terre l’économie allemande qui n’avait pas eu le temps de panser ses plaies. Depuis quelques mois, ses parents ont repris confiance, ils croient en la politique menée par le nouveau chancelier. Il prône l’autosuffisance alimentaire, et l’augmentation de la production agricole constitue un des fers de lance de son programme pour relever l’économie du pays. Le père de Frida a retrouvé le sourire, bercé par les discours d’Hitler qui considère les paysans comme des héros à l’œuvre pour le salut de la nouvelle Allemagne. Cette valorisation de son métier l’a placé dans de bonnes dispositions et l’a rendu réceptif au souhait de Frida d’épouser une carrière elle aussi mise en avant par le Führer.
Mais en attendant de pouvoir prendre son envol, il lui reste encore de nombreux matins à affronter les frimas. En arrivant dans l’étable, elle retrouve son père, sa mère et son frère aîné penchés sous le pis des vaches. L’odeur familière des bêtes et la chaleur qui règne dans le bâtiment la ramènent à ses occupations présentes. Elle empoigne le premier seau plein de lait pour le porter dans l’écrémeuse. Ses parents ne lui ont pas appris à s’éterniser en vaines paroles ou embrassades. Leur salut du matin se concentre dans un sourire pour sa mère, un grognement pour son père et un clin d’œil pour son frère. L’heure est consacrée au travail. Les temps se révèlent rudes et Frida, malgré les faibles marques d’affection que lui prodigue sa famille, se sait aimée. Dans le regard de ses parents, elle lit l’admiration et la tendresse. Le dimanche matin, sa mère adore lui tresser les cheveux et ne manque pas de s’extasier sur leur blondeur. Elle a hérité des beaux yeux bleus de son père et de sa santé florissante, et ce dernier s’empresse d’en parler à chaque fois que l’occasion se présente.
Deux heures plus tard, l’estomac lesté d’un bon repas composé des produits de la ferme, elle aborde avec entrain les trois kilomètres qui la mèneront jusqu’à ses camarades et son école. Tous les matins, son père lui rappelle, ainsi qu’à son frère, qu’ils sont des privilégiés : beaucoup de citadins, avec la crise, sont affamés. Depuis l’arrivée d’Hitler au pouvoir, il ajoute : « Le Führer est en train d’arranger tout cela, nous allons pouvoir à nouveau nous enorgueillir de notre pays. Il va nous mener vers la prospérité. » Frida se sent beaucoup plus heureuse maintenant que ses parents ont repris confiance en la vie. Elle admire le nouveau chancelier.
Elle aperçoit le vieux bâtiment qui accueille l’école. Elle aime apprendre, mais elle se complaît également dans les lieux. L’odeur de la classe varie selon les saisons et les heures de la journée, mais c’est toujours celle de l’encre violette qui domine. Quelquefois, les effluves du parquet lavé ou des arbres de la cour, au printemps, lorsque la fenêtre est ouverte, se mêlent aux odeurs de l’encre. Tous les ans, après les vacances d’été, elle retrouve avec plaisir l’estrade, le tableau et le poêle entouré de sa grille et de sa provision de bois ou de charbon bien en vue. Elle essaie toujours d’éviter le fond de la classe, il y fait froid. Les pupitres à deux places sont usés et gravés. Ils témoignent de l’ennui de longs après-midis d’hiver et de l’angoisse des jours de compositions. La table est inclinée et facilite l’écriture que Frida aime peaufiner. Elle s’applique à réaliser au mieux les pleins et les déliés. En dessous du pupitre, sa case est toujours rangée avec le plus grand soin. Les manuels et les cahiers sont empilés avec rigueur.
À son arrivée devant l’école, elle est accueillie par Greta et Birgit. Comme elle, ses deux amies sont blondes aux yeux bleus, mais elles sont toutes deux bien plus menues que Frida. Elles sont sous-alimentées. Leurs parents ne sont pas agriculteurs et les années de crise ne les ont pas épargnées. Elles rêvent également d’un avenir meilleur. Greta veut devenir secrétaire et Birgit aspire au métier d’enseignante. Depuis quelques semaines, elles ont retrouvé leur sourire et ont doucement repris du poids. Leurs pères ne sont plus au chômage. Ce matin, Greta est excitée. Elle se précipite vers Frida dès son arrivée et s’écrie en lui montrant ses pieds :
— Tu as vu ! Maman m’a acheté des chaussures ! Elles sont belles, hein ?
— Oh oui, je les aime beaucoup ! Tu dois avoir chaud aux pieds.
Frida participe à la joie de son amie. En effet, les galoches qu’elle traînait, été comme hiver, depuis plusieurs années ne pouvaient plus porter le nom de chaussures. Ni l’une ni l’autre des trois jeunes filles n’abordent jamais les souffrances inhérentes à leur pauvreté, en parler aurait donné corps à ce problème douloureux. Maintenant que la situation évolue, leurs langues se délient.
La cloche les rappelle à l’ordre. Elles entrent silencieusement dans la salle. Hitler a opéré d’importants bouleversements dans le pays et l’enseignement commence également à se modifier. Depuis la dernière rentrée scolaire, son portrait trône derrière le bureau du professeur. Frau Fischer, son institutrice depuis trois ans, a changé. Elle semble beaucoup plus sérieuse et ne cesse de leur répéter qu’ils représentent l’avenir de l’Allemagne. Et qu’à ce titre, ils se doivent de se montrer à la hauteur des attentes de leur Führer. Elle n’accepte plus aucune incartade au règlement. Frida s’adapte très bien à la discipline, habituée à l’autorité paternelle, elle apprécie la plus grande rigueur exigée par le Chancelier. Mais au-delà des modifications liées à la méthode, les leçons de civisme devenues omniprésentes lui apparaissent essentielles. Tous les matins, elle aime découvrir la maxime inscrite sur le tableau noir. Aujourd’hui, elle lit : « Grâce à notre Führer, nous vivons une époque exaltante. Nous n’avons pas le droit de nous plaindre. Il œuvre pour que nous puissions enraciner nos pieds dans notre sol et qu’aucune agression extérieure ne puisse nous déloger. » Frida se sent protégée.

?Pour découvrir la suite des aventures de Frida et Thomas, je vous invite ici

 


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